Pourquoi les électeurs socialistes ont-ils voté "Europe Ecologie" ? par Mathias Chichportich
Le succès obtenu par les listes d’"Europe Ecologie" traduisent les vertus d’une campagne menée avec audace et cohérence.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il
fallait être audacieux pour parler d’Europe
lors de ces élections européennes. Plutôt que
de se laisser porter par les mouvements
supposés de l’opinion, les listes de Daniel
Cohn-Bendit n’ont pas hésité à affirmer leur
conviction. A l’heure où les français sont
prétendument méfiants à l’égard de l’Union,
il fallait être audacieux pour défendre sans
frilosité le projet d’une Europe fédérale. Au
moment où les français sont supposés se
désintéresser des questions européennes, il
fallait être audacieux pour s’astreindre à
tenir un discours pédagogique sur les
institutions communautaire. Enfin, à une
époque où les Français sont réputés se
recroqueviller sur eux-mêmes, il fallait être
audacieux pour affirmer que le drapeau
européen a vocation à flotter là où sont
présentes les valeurs européennes. Si la
bonne foi impose de reconnaître que ces
enjeux ont été avancés par certains
responsables socialistes à l’échelle locale,
la campagne est restée polarisée sur les
enjeux intérieurs à l’échelle nationale.
L’une des leçons de ce scrutin sera que le
Parti socialiste doit bannir de son
vocabulaire les slogans de
« vote
utile » ou de
« vote
sanction ». Le premier
reconnaît, sans le vouloir, que l’offre
politique du PS ne suffit pas à démontrer
l’utilité du vote en sa faveur. Le second
suggère qu’à défaut de consacrer les bonnes
solutions, le vote PS permet de censurer les
mauvaises. Or le rejet dans les urnes de la
posture antisarkozyste a eu le mérite de
démontrer, une fois encore, qu'on crée une
dynamique en étant dans l'initiative, et non
dans la réaction.
La cohérence a sans doute été le second
maître mot de la campagne écologiste. La
thématique environnementale a constitué un
socle sur lequel des propositions politiques
ont pu, par la suite, s’agréger. Ainsi le
mérite d’"Europe Ecologie" est-il de ne pas
avoir présenté un programme, mais un projet
de société. Car au delà du réchauffement
climatique, de la protection de la
biodiversité, de la promotion d’une
agriculture propre, l’environnement traduit
une certaine vision de l’homme. C’est en se
rassemblant autour d’une telle idée que cette
agrégation de forces politiques, syndicales
et associatives, a su trouvé son unité. A
ceux qui doutent qu’un rassemblement des
gauches soit possible, le succès d’"Europe
Ecologie" montre que la diversité des
parcours n’entache en rien la cohérence d’un
projet.
Et
maintenant? La gauche française devrait se
réjouir, car l’autre leçon de ce scrutin est
qu’il existe un espace politique ouvert à
ceux qui souhaitent bâtir un projet différent
de celui du Président de la République.
L’extrême volatilité de l’électorat nous
montre que les lignes ne demandent qu’à être
bousculées. Sans valoriser à l‘excès le
succès de la liste menée par Daniel
Cohn-Bendit, il serait utile de s’inspirer de
la stratégie que les représentants de cette
liste ont adoptée. Le Parti socialiste doit
accepter qu’il n’est plus en situation
hégémonique à la gauche de l’échiquier
politique. Le rassemblement ne peut donc plus
se faire autour de lui seul, mais dans la
perspective d’un projet commun dans lequel le
PS assume toute sa part de responsabilité. Au
mois de décembre se tiendra, à Copenhague, le
sommet de l’Organisation des Nations Unies
sur le climat. Pourquoi Martine Aubry ne
proposerait-elle aux Verts, au Modem et au
Parti de Gauche la rédaction d’un texte
commun sur les mesures à défendre lors de
cette conférence internationale majeure? Au
delà d’un message fort adressé à l’opinion,
ce serait le signe que le PS est de nouveau à
l’initiative!
Mathias Chichportich
